Projet Carrefour Maharepa : la Fédération interpelle la Présidence sur les incohérences juridiques

Face à la multiplication des signaux d’alerte, aux manquements environnementaux et au flou juridique entourant le projet de centre commercial Carrefour à Maharepa, la Fédération Tāhei ’Auti ia Mo’orea franchit une nouvelle étape. Par un courrier officiel adressé au Président de la Polynésie française, elle demande une clarification urgente du cadre réglementaire et une meilleure articulation entre droit de l’urbanisme et droit de la concurrence.

Un projet contesté de toutes parts

Depuis plusieurs mois, le projet d’implantation d’un centre commercial de plus de 8 000 m² à Maharepa — soit plus du double de la superficie du centre commercial existant de Vaiare — suscite une vive inquiétude parmi la population, les acteurs économiques locaux et les associations de protection de l’environnement. Ce projet accumule en effet des signaux d’alerte majeurs et convergents :

 Un avis défavorable de l’Autorité Polynésienne de la Concurrence (APC) : L’instance indépendante souligne que le projet ne créera pas de valeur économique nouvelle mais entraînera une captation de la demande, un déplacement d’emplois au détriment du commerce local et une concentration excessive du marché.

 Une opposition citoyenne historique : Plus de 1 000 contributions défavorables ont été déposées lors de l’enquête publique, exprimant la crainte légitime d’une éviction des commerces de proximité et d’un affaiblissement de l’emploi local indépendant.

 Des faiblesses juridiques et environnementales : Par un jugement du 4 novembre 2025, le Tribunal administratif a ordonné un sursis à statuer et la régularisation du permis de construire, relevant des insuffisances sur l’impact paysager et sur les risques de submersion marine induits par le remblaiement du terrain.

 Des études d’impact incomplètes : Aucune évaluation sérieuse des conséquences socio-économiques n’a été menée, et des manquements aux prescriptions environnementales (gestion des déchets verts) ont déjà été constatés dès la phase de chantier.

 

Le paradoxe juridique : une incohérence qui fragilise nos îles

Comment un projet jugé économiquement préjudiciable par l’APC et contesté sur le plan environnemental peut-il malgré tout obtenir des autorisations d’urbanisme, lancer des travaux et créer un sentiment de « fait accompli » ?

Ce paradoxe — également observé pour le projet Carrefour à Taravao — met en lumière une dissociation profonde entre les permis de construire et les décisions d’exploitation commerciale. Cette situation crée une véritable insécurité juridique tant pour les riverains et les collectivités que pour les porteurs de projets eux-mêmes.

 

Les demandes clés de la Fédération à la Présidence

Afin de garantir un processus clair, cohérent et transparent pour Moorea et l’ensemble de la Polynésie française, la Fédération interpelle le Gouvernement et sollicite son intervention sur plusieurs points stratégiques :

1. Clarifier et harmoniser les procédures applicables aux grands équipements commerciaux.

2. Conditionner le permis de construire (ou son exécution) à l’obtention préalable de l’autorisation d’exploitation commerciale délivrée par l’APC.

3. Faire évoluer les textes d’urbanisme afin d’éviter qu’un projet puisse être construit alors qu’il est juridiquement ou économiquement impossible à exploiter.

4. Rendre obligatoires des études d’impact socio-économique poussées intégrées aux dossiers de grands équipements.

5. Garantir une véritable concertation citoyenne, notamment via des présentations publiques permettant aux habitants de dialoguer directement avec les porteurs de projets.

Poursuivre la mobilisation pour l’avenir de Moorea

Si la Fédération Tāhei ’Auti ia Mo’orea reste pleinement mobilisée sur le cas de Maharepa, sa démarche auprès du Président de la Polynésie française vise l’intérêt général : protéger l’équilibre socio-économique de nos îles, préserver le cadre de vie des habitants et restaurer la confiance des citoyens dans la cohérence de l’action publique.