La Fédération Tahei Auti Ia Moorea (FTAIM) a suivi avec une grande attention l’interview de Madame Nancy WANE, représentante du Groupe WANE (GW), lors de l’émission Debrief diffusée le jeudi 08 mai 2026 sur TNTV.

Elle se voit  dans l’intérêt d’une compréhension optimale par le public d’une situation qui à commencé dès 2017 – d’exercer ici son droit de réponse face à un certain nombre d’affirmations qui appellent des clarifications importantes, voire des corrections factuelles, même si nous comprenons que le format de l’interview ne permet pas toujours l’exhaustivité. 

1→ S’agissant de l’évocation d’un don à l’entité publique d’un terrain de 46.000 m² ;

– En fait, il s’agissait d’une surface foncière de plus de 30.000 m2 dans le cadre d’un projet incluant une nouvelle route d’accès additionnée à une parcelle foncière ; une option proposée par le GW et présenté au public par le maire de Teavaro le 09.11.2023. Ce geste “généreux” est, dans les faits, composé à 80 % d’une zone humide abritant une flore et une faune sensible et protégée tel que le canard à sourcils.

Quant à la constructibilité de ladite zone, cela nécessiterait d’importants moyens matériels et financiers au frais du public. Soit un véritable « cadeau empoisonné ».

 

2→ S’agissant de l’aire marine protégée (AMP) de To’atea, baie de Nuarei, commune associée de Teavaro ;

Madame WANE évoque dans son interview l’attachement de son Groupe à l’environnement et au lagon de Moorea.

Le projet de modification du Plan de Gestion de l’Espace Maritime (PGEM) porté par le gouvernement (2018-2023), dans le cadre de son programme de zone de développement prioritaire (ZDP) dans l’optique de rendre possible la construction de bungalows sur pilotis dans ladite AMP n’a pu que satisfaire le GW et l’équipe communale. Ce dernier ne s’étant d’ailleurs pas opposé comme l’ont pu faire des associations et des administrés de Moorea devant le tribunal administratif de Papeete, lequel a débouté le Pays (jugement de 20/09/2022).


3→ S’agissant de la plage devant le Sofitel Kia Ora Moorea Beach Resort, propriété du GW ;

Rappel : selon les textes en vigueur (2004), tout le littoral de l’ensemble des îles de la Polynésie française est du domaine publicLa plage publique est la partie humide, celle recouverte à marée haute. En revanche, la partie sèche de la plage, soit au-dessus et remontant jusqu’à la première ligne de végétation fait déjà partie du domaine privé.

– Dire, à la date du 08 mai 2026, que l’accès à la plage du Sofitel est (désormais) possible au public, est une simple validation des textes.

Antérieurement, et à l’heure où nous rédigeons, sans avoir vérifié la situation in situ, comme tout le monde le sait et le vit, l’hôtelier prive abusivement le public du littoral (public). C’est d’ailleurs le cas de tous les hôtels en bord de mer en Polynésie française.

Cela étant, Mme WANE reste toutefois prudente mais également trompeuse lorsqu’elle ne précise pas la partie de la plage accessible au public. Ce dernier assimilant la plage dans son intégralité (partie sablonneuse, humide comme sèche).

– Nous attendons que le Pays réagisse en rappelant les textes ou bien encore en aménageant des espaces bord de mer pour ses administrés et les visiteurs de l’île.


4→ Sur la route qualifiée de « sauvage » ;

– La voie d’accès dénommée « route du motu » apparaît notamment sur les cartes de 1942. Elle est, pour ainsi dire, l’ancêtre de la route que nous connaissons aujourd’hui sur le motu Tema’e. L’historique des mutations de propriété précise également que les voies d’accès ne font pas partie des ventes. La société contrôlée par le GW et propriétaire de l’ex domaine du Sheikh Enany ne peut être propriétaire de la route menant à la plage et aux habitations du motu.

– Nous avons d’ailleurs demandé à l’entité publique de l’inclure dans le domaine public routier. Bien que cette option soit légale et atteignable, l’entité publique ne s’est pas encore positionnée dans ce sens.

– Qualifier rétrospectivement cet accès de “route sauvage” revient à déformer une réalité juridique et historique documentée.


5→ Sur l’absence de projet défini ;

– Aucun projet n’est officiellement arrêté, c’est exact. Et pour cause ; il ne peut être accordé de permis de construire sur un emplacement réservé (ER22), lequel est assimilé à une déclaration d’utilité publique dont l’objet est la réalisation à terme d’un jardin public, inscrit au plan général d’aménagement de la CMM, lequel a été validé par le Pays dès 2013.

– En parallèle, et depuis 2022, plusieurs projets d’aménagement du site – dont celui incluant la fameuse parcelle proposée en don par le GW – ont bel et bien été présentés au public comme au Pays (17 sept. 2024), conjointement ou séparément, par la CMM et le promoteur. La dernière proposition date du 28 février 2025.

– Sur fond d’affirmations contradictoires de la part du Pays, de la CMM ou du GW, il n’en reste pas moins que l’ensemble de ces projets d’aménagement autour de la « plage publique de To’atea » témoigne d’une volonté commune de venir piocher dans l’ER_22 afin de « redistribuer les cartes » à l’avantage du GW au détriment de la population de Moorea, de ses visiteurs et de l’ensemble des acteurs économiques de Moorea. Cela s’exprime notamment par la modification du périmètre de l’ER_22, par celle de sa géolocalisation avec pour incidence notoire la réduction du mètre linéaire de la plage publique de To’atea passant de 550 mètres à 200 mètres. Ainsi, le GW cumulerait à lui seul près d’1 kilomètre de plage – soit les 600 mètres longeant le Sofitel, auxquels viendraient s’additionner les 350 m des 550 m de la plage actuelle – quand le public voit sa part réduite à 200 mètres.

Nier l’existence de toute orientation est donc inexact et mensonger.

– Dans ce contexte, nous notons également que le GW ne fait aucune démarche administrative ; stratégiquement, il choisit de ne pas mettre en demeure la CMM d’exécuter son projet de 2013 mais préfère s’adresser directement aux représentants de la CMM ou à ceux du Pays. Les rencontres qui en découlent sont toutefois relayées par la presse.


6→ S’agissant du dialogue avec les associations
 
 notamment celles réunies au sein de la fédération Tahei Auti Ia Moorea – Mme Nancy WANE avance qu’aucun dialogue n’a pu s’engager faute de projet définitif.

– Comme énoncé au point précédent, plusieurs projets d’aménagement existent mais rien de définitif sachant qu’il ne peut y avoir de permis de construire accordé.

– Rappelons tout d’abord que nous n’avons jamais pu rencontrer ne serait ce un membre de la famille WANE malgré de multiples démarches de notre part dès 2022. Qu’il a fallu attendre la réunion de septembre 2024 pour rencontrer leurs représentants, cf. article de Radio 1 : “Pas de consensus” trouvé pour Tema’e – https://www.tahiti-infos.com/Pas-de-consensus-trouve-pour-Tema-e_a226134.html

C’est à la suite de cette première rencontre de l’ensemble des protagonistes réunis, et sur une demande expresse du président du Pays, que 5 autres réunions ont eu lieu entre les associations, la CMM et le promoteur (Mme Nancy WANE absente) sur le sujet du devenir de l’ER_22 tant convoitée.

Cependant, ces échanges n’ont pas permis d’aboutir à un consensus, la Fédération réaffirmant sa position indéfectible en faveur du maintien de l’ER22 en l’état, ni plus ni moins.

Vous l’avez compris, ce n’est aucunement l’absence de dialogue qui est en cause, mais bien l’absence d’accord sur le maintien de l’affectation du terrain en question à des fins publiques comme prévu par le PGA.

– S’agissant du PGA, toute modification de celui-ci est encadrée par des règles strictes. La FTAIM, représentant les associations environnementales au sein de la commission locale d’aménagement CLA, sera extrêmement vigilante sur ce dossier.

Par ailleurs, nous demandons à ce que soit rendu public le procès-verbal de la réunion du CLA qui s’est tenue avant les élections, au cours de laquelle le maire de Moorea Maiao a pris position en faveur du maintien de l’emprise réservée ER22.


7→ Sur l’inaction depuis 2013

Cela fait donc 13 ans que nous attendons la concrétisation du projet. Certes, aucun délai légal n’oblige le Pays ou la Commune à finaliser l’aménagement prévu.

Dans ce contexte, qu’est-ce qui explique que les pouvoirs publics n’aient toujours pas arrêté de position définitive ?

Sur le respect de la consultation populaire
, c’est sans doute le point le plus préoccupant.

Lorsqu’il est évoqué, en réponse à une éventuelle expression de la volonté populaire en faveur du maintien du jardin public sur l’ER 22, la possibilité d’un “litige de droit foncier et de droit privé”, la question se pose naturellement : faut-il comprendre que le choix du peuple ne serait pas respecté par le groupe WANE s’il s’avérait défavorable à leur projet ?

Nous attendons une réponse claire à cette question.

La Fédération Tahei Auti Ia Moorea cherche la vérité, la transparence, et un dialogue sincère avec les habitants de Moorea concernés par l’avenir de leur territoire.

Nous avons dans le cas précis de l’ER_22 sur le site de Tema’e l’opportunité d’harmoniser les espaces territoriaux et d’étendre la chose aux 3 autres communes de Moorea. Sachant que la plage de Ta’ahiamanu, commune de Papetoai, reste la seule plage aménagée du domaine public. 2 établissements hôteliers contigus occupant près d’un kilomètre du littoral contre 200 m pour le public, cela n’est pas, pour la Fédération Tahei Auti Ia Moorea, assimilable à une harmonisation de l’espace.

 

La Fédération Tahei Auti Ia Moorea